Mes 1000 kms à Saint-Gaudens


Ma situation actuelle ne me permet pas de voler autant qu’avant… Je ne suis pas le seul à le dire bien entendu, mais en ce moment cette affirmation est particulièrement vraie ! Ainsi, au risque de froisser les plus assidus d’entre-nous, à chaque fois qu’il m’est possible de voler, le plaisir de voler passe avant toute nécessité de réussir une performance quelle qu’elle soit ! Il m’arrive donc de ne pas décoller quand j’ai la tête trop pleine de préoccupations en tout genre, de peur de ne pas prendre du plaisir. Ainsi à chaque vol, je cherche à pratiquer ma manière de voler, en sécurité bien sûr, mais avant tout de manière à en prendre pleins les yeux ! Et ce jour du 1er avril 2014 n’a pas dérogé à la règle !

J’avais remarqué cette situation favorable lors du dernier week-end de mars : un flux de sud-ouest régulier toute la journée du mardi 1er partant du Maroc et remontant jusqu’à nous, un vent pas très fort au niveau des crêtes avec un risque de diminution de vitesse des vents vers 4000m pour mardi ; pour mercredi 2 le vent tourne très sud voire légèrement sud-est mais plus fort au niveau des crêtes et augmentant avec l’altitude. Comme d’habitude, des séances de saut étaient programmées du mardi au vendredi sur différents aérodromes autour de Toulouse et je ne manquais pas de travail. Mais dans le cas d’une situation de vents de sud, les séances habituellement prévues sont souvent annulées à cause du vent d’autan trop fort. La décision est vite prise dès le lundi après-midi après un rapide coup de fil à Robert et Sébastien de m’orienter vers la journée de mardi. Cependant, deux « petits soucis » restent à régler pour que tout soit « au vert » : je dois amener mon fils chez sa nourrice à la première heure mardi matin, et surtout mon planeur n’est pas en état de voler car j’étais encore en attente de réception du nouveau harnais de remplacement, l’ancien étant arrivé à péremption ! Et quand un planeur est affiché en rouge dans l’OSRT, on ne discute pas… Bref, la solution est vite trouvée : le DG600 du club sera utilisé pour ce vol. Et après tout, à part 1 mètre d’aile en moins, c’est le même !


Dernière analyse météo la veille à 22h30, j’ai déterminé de planifier un circuit de 1007,5 km : départ Mauléon Barousse, 1er point Santesteban, 2ème point Col de Jau, 3ème point Baztan, arrivée au point « DEP P AUBE » correspondant à Portet d’Aspet.
Le choix du point de départ est très important, il conditionne la rapidité du début du circuit. Et dans la matière, mes nombreuses tentatives depuis ces 3 dernières années ont été régulièrement ponctuées d’attente dans des zones de départ pas toujours optimisées par rapport aux conditions : largué trop bas, pas assez de vent pour permettre de monter correctement, mauvaise direction du vent… L’autre condition de réussite était de bien choisir les 3 points : le vent annoncé était plus faible à l’est de la chaine. Choisir Prades aurait été une erreur, et même le col de Jau était limite par rapport à la bonne zone de vol.


Le lendemain, l’arrivé au terrain s’est faite à 8h00… sous le brouillard. Pourtant les t°c et points de rosé semblaient suffisamment éloignés. Le temps d’attente a été mis à contribution pour adapter mon oxygène et EDS à la cabine du SG, mettre une plaque pour le volkslogger, mettre une 3ème batterie uniquement dédiée à ce dernier, une 4ème petite pour le PDA, etc… Heureusement que les fuselages des DG sont spacieux !! Le brouillard commence à se dissiper à l’arrivée de Robert et Sébastien, les machines sont rapidement sorties et je suis mis en piste avec l’idée de bien voler, mais sans avoir une quelconque pression de réussite car les nombreuses tentatives précédentes m’ont appris que des évènements imprévus pouvaient assez facilement compromettre une telle entreprise.

Je décolle finalement à 8h45 derrière notre nouveau remorqueur, piloté par Sébastien fraichement lâché. A 120km/h et un vent augmentant jusqu’aux environ de 40km/h, la pente de montée est importante, bien plus qu’avec le Rallye ! Même si les turbulences ne sont pas très sévères, je ne trouve pas plus dangereux d’être derrière le Dynamic, bien au contraire ! On se trouve plus haut au point de largage, ce qui compte beaucoup en situation d’onde. Je largue à 2600 m 14minutes après le décollage au nord ouest du Touroc. La première montée s’effectue jusqu’à 3400 m avec arrêt brutal de l’ascension. Une première diminution de la vitesse du vent semble en être la cause. Une recherche infructueuse d’un autre ressaut plus proche du relief vers le Mont-La m’amène à passer le départ à 9h20 à 2900 m, me permettant d’avoir de la marge pour ce soir pour pouvoir passer l’arrivée à moins de 1000 m en dessous du départ, « au cas où ». Le départ réel sur le circuit s’effectue autour de 10h00 après une montée au dessus de 5000m au ressaut du col d’Aspin. Le Pic du Midi me donne un ressaut jusqu’à 5600m, mais la première transition jusqu’aux abords du col du Soulor ne sera pas rentable. Mon cheminement trop nord me fera perdre rapidement tout le gain réalisé. Et le retard de Robert vers Fos sera vite comblé puisqu’il me rattrapera à l’Aubisque. Nous faisons un bout de chemin ensemble jusqu’au Pic d’Anie, mais rapidement l’écart en distance et hauteur se creuse. Il faut rester concentré sur l’observation des rotors heureusement présents et les infos données par Robert. Il décide d’aller chercher le 2ème ressaut de la Pierre Saint Martin mais son gros rotor se désagrège assez vite. En étant derrière, je prends donc la décision de prendre la ligne de rotor du 1er ressaut débutant sur le parking de la Pierre Saint Martin à 3400m. La montée est facile, le bon cheminement me permet de revoir Robert vers Larrau. Je prends le temps de monter en ligne droite avant d’attaquer le Pays Basque dans de bonnes conditions


Une lentille marque le cheminement sans se poser trop de questions, et Robert vire San Esteban avec de nouveau une avance de 11km mais avec 1000m de moins. Je vire à 11h45 à 5700 m. De ma position, on peut voir que la côte basque est bien desservie en autoroute du ciel, comme on peut voir sur les photos ci-dessous.


La vue est superbe, et toute idée de perfo est secondaire. Les soucis « terrestres » sont loin. Aussi, je regarde l’estimée donnée par le PDA avec amusement : Il est midi, la première branche a été réalisée à 75km/h de moyenne face à un vent de 50 à 60 km/h entre le 220° et 250° et le PDA m’annonce qu’il faudra que je m’équipe pour voler de nuit jusqu’à environ 23h pour réaliser le circuit prévu !
Le cheminement retour vers la chaine principale est tout tracé et je fais le lien avec le bord d’attaque du gros monstre qui se situe à partir de 5300m.


Robert arrivé plus bas au Pic d’Anie ne semble pas trouver les conditions permettant de lier directement la lentille principale. Le sous-ondulatoire est déphasé certainement à cause de la différence de vitesses des vents vers 3500m. Repassant devant, les choses s’accélèrent franchement pour moi. L’onde est magique car tout est possible : elle nous fait stagner aux endrois imprévus comme elle nous ferait « passer des portes » à une vitesse phénoménale ! Je me retrouve dans le ressaut de l’Hospice de France à une rapidité rarement constatée, prometteur comme à son habitude. Le plein fait, j’emprunte un cheminement qui ne sera pas tout à fait habituel, car le Val d’Aran est bouché de gros congestus. Je donne mes indications à Robert qui réussit à reprendre le cheminement. L’Arcus de Nogaro continuera sa route en ligne droite vers la Bonaigue tandis que je resserre vers la crête frontalière sur un pseudo-ressaut formé par un rotor me permettant de lier le col de Salau. Un petit arrêt à Couflens avant de repartir sur Guzet et de nouveau un petit arrêt à l’Etang de Lers, ces derniers 25kms me mettent le doute pour la suite : chaque ascension a été stoppée nette vers les 4500m et il n’y a plus vraiment de lentille principale bien marquée. Il faut retrouver une bonne longueur d’onde et se replacer par rapport à la crête frontalière. Ainsi je préfère m’arrêter au sud-ouest du plateau de Beille pour 5km avec au départ 1m/s qui me maintiendra au dessus de 4000m. Mais assez rapidement le vario s’accélère de nouveau et je raccroche l’aplomb de la lentille plus haute en repassant au dessus de 5000m. De nouveau, je donne mes indications à Robert qui aborde l’Ariège. Le passage sur Merens est rentable puisque que je suis au max de l’altitude avec un peu de marge (FL190) pour passer l’AIRWAY B31 dans de bonnes conditions. 

Le contrôleur de Bordeaux ne sera pas réticent quant au problème d’alticodeur du transpondeur qui ne fonctionnera pas de la journée. Je vire le col de Jau à 13h40 à 4700m, très content de ne pas avoir à poursuivre vers Prades. Malgré tout, le demi-tour me place naturellement dans un petit ressaut plus au nord qu’à l’aller, m’évitant une chute libre face au vent. Mais le retour vers l’ouest de l’AIRWAY est tout de même très long, avec toujours le doute de ne pas trouver le bon raccrochage vers Merens : on sait que ça marche, mais si ce n’était pas le cas… Mais ça marche super bien : ne repassant pas en dessous de 4000m, je prends un super vario à l’est de Merens pour repasser au dessus de 5000m. La lentille toujours bien marquée au dessus me pousse à décaler mon cheminement de 3km au sud, et c’est reparti « chaudière à fond ». La vitesse moyenne est repassée à peine en dessous des 120km/h de moyenne depuis le début du vol, ce qui me replace dans l’optique d’une éventuelle réussite de mon circuit prévu. Mais pas de précipitations, le vol est loin d’être terminé car j’ai tout juste fait la moitié du circuit, et le PDA estime encore mon arrivée au début de la nuit aéronautique. De plus, Robert ayant fait demi-tour au Roc Blanc, a de nouveau dû s’arrêter à Beille et Vicdessos en dessous de 3500m, n’atteignant pas le cheminement supérieur déphasé.  Il faut donc rester très méfiant et ce n’est pas le moment de faire une erreur. Mon cheminement est toujours bon mais je préfère ne pas voler trop vite au début pour atteindre le FL180. A partir de mon retour sur Lers, je dois accélérer mon vol pour ne pas emplafonner l’altitude limite… et ma vitesse moyenne augmente inexorablement ! Une autoroute semble se former au loin : je passe l’AIRWAY A29 en 8 minutes, toujours en contact avec un contrôleur particulièrement efficace. Le passage sur le Mourtis, Mont-La et Touroc sera très rapide comme sur le Pic du Midi, et les indications d’un planeur dans le Pays-Basque me booste d’avantage : bien que la lentille principale assombrit la chaine principale, on peut entrevoir une différence d’ensoleillement très forte vers le Bearn et le Pays-Basque. Le cheminement est tout tracé vers Arudy et Oloron, alors que ça paraît plus confus vers le relief. De nouveau, sans s’arrêter, je me retrouve à Mauléon dans le Pays-Basque pratiquement à l’altitude max et il est 15h30, Baztan est à 50km! Je me retrouve donc avec de l’avance sur le timing !

Mais l’autoroute se poursuivant en direction de San Sebastian sur la côte, je dois la quitter pour rejoindre mon dernier point. Le vent devrait être fort  et les derniers kms, coûteux en temps et en altitude. Je vise Saint Jean Pied de Port tout en passant au dessus de fines lentilles qui ne donnent pas grand chose mais améliorent le cheminement. L’estimé de l’altitude à Baztan devrait être autour de 3500m, de quoi raccrocher sans trop de problèmes des rotors se formant à Saint Etienne de Baïgori.


Baztan est viré à 15h55. Ces rotors sont bien compacts, et il semble qu’il y ait l’influence de l’instabilité par dessous. La veille, il était annoncé qu’il se formerait des grains dans le Pays-Basque en fin d’après-midi, puis ont été enlevés sur la dernière prévi matinale. Vu les délais pour finir le circuit, je prends le temps de bien monter avant de choisir un cheminement classique vers Larrau, la lentille principale de l’aller jusqu’à Mauléon s’étant déjà en parti désagrégée ou déplacée vers la plaine. A 4700m je quitte Saint Jean Pied de Port en direction de Larrau mais le cheminement n’est pas satisfaisant. Il semble que tout ce qui se trouve près du relief ne donne rien. Arrivé à Licq, je prends la décision d’aller plus au nord récupérer le bord d’attaque d’un rotor se trouvant à moins de 10km à l’ouest d’Arette. 

A 3400m, ça repart avec un bon vario autour de 2m/s moyen. A 4600m, je décide de mettre le cap vers l’arrivée, avec une bonne marge d’altitude et un vent arrière important. Des petits fractos me permettront de bien cheminer au nord de Laruns, des col d’Aubisque et Soulor. Un petit tour sur Autacam, puis j’infléchis ma route pour passer quasiment à la verticale du Pic du Midi à 4000m pour suivre la pente des plus gros nuages. La marge d’altitude restant tout aussi importante, je continue sur la lancée en slalomant entre de gros nuages qui semblent quelque peu déphasés en dessous de 3500m, mais la pente de nuage permet d’avoir tout de même un bon cheminement jusqu’à la fin. Le secteur d’arrivée n’est plus qu’à quelques kms et j’ai encore de la marge. Je rentre dans le secteur à 2900m (même altitude qu’au passage de la ligne de départ) à 17h25, soit 8h05 après le départ !

« C’est déjà terminé ! » C’est ma première réaction après avoir terminé le circuit. Puis il m’a fallu 10 minutes avant de me rendre compte que je pourrais l’annoncer sur la fréquence ! Robert me félicite, suivi d’Hélène restée au terrain pour veiller la fréquence. Je donne mes dernières infos de cheminement à Robert, et décide de continuer un peu le vol le long du piedmont en remontant vers l’entrée de la vallée d’Arreau. Robert annonce qu’il est en arrivée, ça fera 2 circuits de 1000 bornes comme prévu à Saint Gaudens !  Je me pose à 18h15 après 9h30 de vol, 1090kms sont affichés sur le PDA et 126km/h de moyenne ! C’est la première fois que 4 chiffres y sont affichés ! Sébastien, Hélène, Louis et Patrick m’accueillent et me félicitent. Je me rends compte maintenant que j’étais habillé un peu trop léger pour un vol d’onde où il y avait -15°C en t° extérieure. Je m’étais habillé comme  pour un vol de printemps…  Robert se pose et nous échangeons nos impressions autour d’un apéro improvisé au club, mon vol est déloggué, vérifié dans le passage des secteurs, de l’altitude max, de la différence d’altitude entre départ et arrivée n’excédant pas 1000m… Tout a l’air de coller. Attendons l’homologation.
Le SG du club marche donc parfaitement bien et fait parti d’un parc bien tenu (ça va sans dire mais il est de temps en temps nécessaire de le rappeler, le travail de nos mécanos doit être souligné…) avec lequel on peut faire de belles choses. N’hésitez donc pas, volez !!
 
Et après… 1000 bornes, ça n’est qu’une étape certe marquante. Mais est-il possible de faire mieux ? Bien entendu ! Il faut réfléchir comment… s’améliorer… le faire sur les Pyrénées, ce serait sympa ! Ailleurs ? Faut voir…
L’amplitude de vol était intéressante ce jour là : sans avancer l’heure de décollage car de toute manière le brouillard nous en aurait empêché, il y avait encore 3h20 de vol après le passage de ligne ! A 120km/h de moyenne, ça laisse de l’espoir pour la suite ! J’ai quelques idées à creuser…
Mais avant toute chose, il faut continuer de prendre beaucoup de plaisir 
 
!! Bons vols !!
 
 
Carl Audissou